Aux environs de Dieppe
21 avril 2013
Nous profitons d'un dimanche ensoleillé pour faire une petite escapade touristique du côté de Dieppe. Le vent reste un peu frais, mais c'est tout à fait supportable.
- Château d'Arques-la-Bataille
- Clocher tors et if d'Offranville
- Manoir d'Ango
- Eglise et cimetière marin de Varengeville-sur-Mer
- Plage de Quiberville
Arques-la-Bataille
Rapide historique des lieux :
Une motte castrale en bois est tout d'abord édifiée sur le site d'Arques vers 1030-1040 par Guillaume de Talou, comte d'Eu, fils du duc Richard II de Normandie.
En 1052, Guillaume le Bâtard fait le siège de la place-forte, aux mains de son oncle, en révolte contre son autorité. Victimes de famine, les défenseurs capitulent l'année suivante. Guillaume de Talou se réfugie auprès du comte Eustache de Boulogne.
En 1123, Henri Ier Beauclerc fait procéder à la construction du donjon normand et de l'enceinte.
En 1145, un deuxième siège intervient lors de la lutte entre Geoffroy V Plantagenêt et Etienne de Blois, pour le contrôle du duché de Normandie. Le Plantagenêt s'empare finalement du château.
En 1204, Arques est la dernière forteresse normande de Jean Sans-Terre à déposer les armes devant Philippe-Auguste, qui avait tenté en vain de s'en emparer deux ans auparavant.
Pendant la guerre de Cent Ans, de nombreux affrontements ont lieu pour tenir la place forte d'Arques.
En 1420, les Anglais menés par Talbot et le comte de Warwick, s'emparent du château.
En 1430, Jeanne d'Arc y est enfermée une nuit sur le trajet de captivité qui la mènera à Rouen.
En 1449 la citadelle est définitivement reprise par le roi de France.
Durant le conflit qui l'oppose au roi Louis XI, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, incendie la ville d'Arques en 1472 et assiège le château qui résiste victorieusement.
Après diverses transformations sous François Ier, le château prend une part actives aux Guerres de Religions qui secouent la France dans la seconde moitié du XVIe siècle.
En septembre 1589, se déroule la plus célèbre bataille liée à la place-forte, qui laissera son nom au village d'Arques "la-Bataille". Le roi Henri IV, enfermé dans la forteresse, y affronte avec 7 000 hommes, les troupes de la Ligue commandées par le duc de Mayenne, fortes de 30 000 soldats. Après de lourdes pertes, le roi sort vainqueur de la bataille, notamment grâce à l'arrivée de 4 000 soldats anglais envoyées par la reine Elisabeth Ière et de 500 arquebusiers, commandés par François de Coligny.
En 1668, le château est abandonné militairement.
En 1708, Louis XIV déclare la château « impropre au service ». Commence alors le lent démantèlement de la citadelle qui servira dès lors de carrière à la population.
A la Révolution, il est vendu comme Bien National à un habitant d'Arques, qui le préservera de la destruction.
L'Etat s'en porte acquéreur en 1875.
Durant la Seconde Guerre Mondiale, les troupes allemandes occupent le site et y installent des pièces de défense antiaérienne.
Jusqu'à la fin des années 1970, des visites commentées sont organisées, mais les lieux sont finalement fermés au public en raison des risques de chute de pierres.
Le donjon, de forme rectangulaire, à contreforts, est daté de la première moitié du XIIe. Il avait une fonction résidentielle et défensive. Son entrée était située au premier étage avec un avant-corps permettant d'y accéder.
Le rempart sud-ouest et le fossé sec. Il faut imaginer les murs du château avec un parement de briques.
Les étangs sont formés par les eaux de la Varenne et de la Béthune, avant d'être rejoints un peu en aval par l'Eaulne pour former l'Arques, un fleuve côtier de 6 km, qui se jette dans La Manche à Dieppe.
Vue de la cour intérieure prise de la grille d'entrée du châtelet. L'accès est interdit pour cause d'éboulements. Dommage.
Les dimensions du fossé sont impressionnantes avec 20 mètres de large, en moyenne, et une profondeur de 15 mètres.
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La France vue du ciel / Survol de France : Photos aériennes de France
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Les photos aériennes du château d'Arques permettent de mieux se rendre compte de l'allure de la forteresse.
L'église d'Arques est une des rares en France à avoir conservé son jubé, après que le Concile de Trente eut recommandé la suppression de ces clôtures de chœur.
Le jubé est une tribune et une clôture de pierre ou de bois séparant le chœur liturgique de la nef. Il tient son nom des premiers mots de la formule latine " jube, domine, benedicere " (" daigne, Seigneur, me bénir ") qu'employait le lecteur avant les leçons de Matines. Le jubé Le se compose de trois éléments : la tribune (le jubé proprement dit), la clôture la (dite " chancel ") et le groupe sculpté de la crucifixion.
La clôture/chancel a pour fonction d'isoler le chœur (réservé au clercs et aux seigneurs) des fidèles qui, du fait de sa présence voient peu ou pas du tout le maître-autel.
La crucifixion surmonte la tribune dont elle est l'ornement principal, tourné vers les fidèles. Les grands christ en croix dits " espagnols " qu'on observe dans beaucoup d'églises plaqués aux murs nord ou sud de la nef ont souvent été récupérés lors du démontage du jubé.
Au XVIe siècle, le concile de Trente provoqua une évolution de la liturgie catholique en réponse au succès des églises protestantes. Le chœur devant désormais être visible pour les fidèles, les jubés étaient condamnés. Alors que les chaires à prêcher les remplaçaient, ils seront déplacés ou détruits aux siècles suivants, parfois tardivement au XIXe siècle.
Offranville
Le clocher tors de l'église d'Offranville. Elle fait partie de l'association des clochers tors d'Europe qui recense les clochers de ce type. Il y en aurait un peu plus d'une centaine à-travers l'Europe.
Offranville est situé à six kilomètres au sud de Dieppe. Son église date du XVIe siècle et la flèche aurait été bâtie vers 1570. C'est une tour carrée assez massive surmontée d'une pyramide qui sert de soubassement à la flèche octogonale. Cette dernière tourne d'un huitième de tour de la gauche vers la droite, régulièrement jusqu'à la pointe, à 45 mètres de haut.
Une restauration de la flèche a été exécutée en 1961. A cette occasion, les ouvriers ont constaté que la charpente ne comportait pas de croix de Saint André destinées à empêcher tout mouvement de torsion. C'est à leur avis la raison pour laquelle la flèche s'est vrillée sous l'effet des intempéries et du travail du bois.
Petite légende à propos du clocher. « Un mariage se déroula dans l'église. La mariée était si belle que le coq, en haut du clocher, se pencha pour l'admirer. Il se pencha tant et si bien que le clocher se tordit. »
L'if d'Offranville serait âgé de 1100 ans. Le tronc fait environ 7 mètres de circonférence pour une hauteur totale de 14 mètres.
L´If d´Offranville aurait été planté sous le règne de Charles le Simple, roi des Francs de 893 à 922. Il se dresse au sein de l´ancien cimetière de l´église qu´il a vu bâtir. Il est envisageable qu'il se trouvait dès son origine sur un lieu de sépultures, peut-être près d'un édifice cultuel qui aurait précédé l'actuelle église Saint-Ouen.
"En décembre 1914, à la sortie du catéchisme, trois enfants eurent l’idée malheureuse de vouloir jouer à la messe à l’intérieur du tronc de l’arbre. Ils allumèrent des bouts de cierges chapardés dans la sacristie et, à leur grand effroi, ils virent les nombreuses radicelles de l’arbre s’enflammer… Ils déguerpirent sans en aviser quiconque.
Le cafetier-bourrelier, qui tenait commerce à l’emplacement de l’actuelle Maison de la Presse, voyant la fumée sortir de l’arbre, fit sonner le tocsin. Les pompiers arrivèrent rapidement, mirent la pompe à bras en batterie, la branchèrent sur la citerne du presbytère et conjurèrent le feu. Hélas, par trois fois, celui-ci se ranima à 21 heures, puis à 3 heures, puis enfin à 7 heures ; nos braves pompiers durent intervenir à nouveau.
Alerté, un officier de l’armée anglaise, cantonné à Hautot-sur-Mer, botaniste dans le civil, conseilla de bourrer l’intérieur de l’if de bonne terre végétale pour éviter que l’arbre ne meure. Ce qui fut fait. Quelques années plus tard, dans la crainte de voir cette terre pourrir l’ensemble de l’arbre, il en fut totalement dégagé."
C'est un des plus vieux arbres de Seine-Maritime (avec les chênes d'Allouville-Bellefosse et Socquentot)
Le manoir d'Ango
Le Manoir d'Ango à Varengeville-sur-Mer. Il a été classé Monument Historique dès 1862, sur la liste établie par Prosper Mérimée
Le manoir a été bâti sur les ruines d'un fortin dont les 2 tours ont été conservées pour marquer l'entrée de l'édifice
Jehan Ango nait à Dieppe en 1480.
L'activité privée de Jean Ango alliait commerce maritime régulier et course contre les Espagnols et les Portugais. Lié à la politique de François Ier concernant la conquête du Nouveau Monde, Ango a armé plus de 30 nefs et ses pilotes corsaires (dont le célèbre Jean Fleury), totalisèrent plus de 300 prises lors de la lutte contre Charles Quint et contre l'Angleterre.
Il contribua à payer la rançon du roi de France, fait prisonnier à Pavie (1525). François Ier le fit gouverneur de Dieppe. En outre, il devint conseiller du roi pour les affaires maritimes et développa les ports de Rouen, de Honfleur et du Havre.
Ango sut profiter des ressources royales : il était fermier du roi et organisa pour le compte de ce dernier des explorations en direction de l'Afrique, de l'Amérique (en 1524, Giovanni Verrazano, capitaine de son navire la Dauphine, longea la côte est et découvrit le site de la future New York). Dieppe lui doit le meilleur de sa splendeur du XVIe siècle.
À la mort de François Ier, tombé en disgrâce, il fut un temps emprisonné (1549), mais il aida en 1550 au siège maritime de Boulogne.
Il meurt dans la misère au château de Dieppe en 1551.
Le droit de colombier était un privilège de la noblesse, accordé à titre exceptionnel au puissant armateur
Le manoir a été édifié par des artistes italiens de 1530 à 1544. Au-dessus de la loggia s'étendait une grande salle de réception d'un seul tenant.
François Ier séjournera au manoir en 1534. Du haut de la tour, Ango disait-on, pouvait surveiller sa flotte basée à Dieppe (le plateau était alors moins boisé)
D'une capacité de 1600 boulins le colombier pouvait abriter jusqu'à 3200 pigeons, ce qui faisait de lui le plus important de France.
En 1927, André Breton y séjourne, bientôt rejoint par Aragon, puis par Prévert, Desnos et Yves Tanguy. Du beau monde.
Varengeville-sur-Mer
Tombe de Georges Braque (1882-1963). Il est, avec Pablo Picasso, l'un des initiateurs du cubisme. L'artiste s'inscrit dans un premier temps dans le mouvement fauve, puis cubiste.
L'église de Varengeville-sur-Mer. L'endroit est pas mal fréquenté par les touristes du dimanche... Dont nous faisons partie.
Quiberville
La plage de Quiberville à marée basse. On devine un bunker planté dans le sable, sur la droite de la photo. Enfin, ça ne saute pas aux yeux non plus.
Et voilà, il est temps de rentrer maintenant, en espérant avoir droit à un autre weekend ensoleillé avant l'hiver. On verra bien.


