Cathérale d'Amiens. 15h30
Samedi 11 janvier 2014
Visite commentée des stalles de la cathédrale d'Amiens, avec Jean Macrez, maître de cérémonie. Le rendez-vous est à 15h30 et nous arriverons juste à temps.
Les stalles de Notre-Dame d'Amiens ont été créées par des Maîtres-hûchiers entre 1508 et 1522. Sculptées dans du chêne massif, elles constituent un chef-d'oeuvre d’ébénisterie mettant en scène plusieurs milliers de personnages bibliques ou non, représentés dans leur vie quotidienne et leurs travaux, avec les costumes et les habitudes des picards de l'époque.
Considérée comme l'archétype du style gothique classique, la cathédrale d’Amiens a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1981. C’est une des plus hautes et la plus vaste des cathédrales de France : La nef s'élance à 42,30 mètres de hauteur, ce qui est proche du maximum supportable pour cette architecture, et le volume total de l'édifice avoisine les 200 000 mètres cubes... Notre-Dame de Paris tiendrait sans problème à l'intérieur !
Plusieurs sanctuaires se sont succédé à cet emplacement avant le premier édifice chrétien daté du Ve siècle. Des cathédrales seront édifiées, puis incendiées au cours des siècles, notamment à trois reprises, lors d'incursions normandes.
En 1193, Philippe-Auguste épouse dans la cathédrale romane, la princesse danoise Ingeburge. Quelques années plus tard (1206), une relique du crâne de Saint-Jean-Baptiste est ramenée de Constantinople (pillée par les croisés) et accroît considérablement le prestige des lieux. Il s'en suit l'institution de l'un des plus importants pélerinages du nord de la France au moyen-âge et une source de revenus pour le chapitre.
En 1218, l'édifice roman est détruit par la foudre. La ville d'Amiens étant riche grâce aux revenus qu'elle tire du « Bleu d'Amiens », teinture tirée de la fleur de Guède, elle permet de démarrer deux ans plus tard, un chantier d'envergure, sous la direction de l'architecte Robert de Luzarches. Une gigantesque cathédrale gothique sort rapidement de terre, qui sera bâtie en 50 ans seulement. Un record !
Le portail Saint-Honoré (face à nous) porte le nom d'un évêque du VIe siècle dont la cathédrale possède les reliques (c'est toujours bon pour le business).
La cathédrale, miraculeusement intacte après les bombardements allemands de mai 1940. Notre guide se trouvait à l'intérieur lors de ce tragique épisode. Impliqué dans la Résistance, arrêté et torturé par la Gestapo, il sera également présent, en tant que maître de cérémonie cette fois, quand le Général de Gaulle fera son entrée dans Amiens libéré. Non sans fierté, il le fera asseoir sur la stalle où se sont assis avant lui les rois de France.
La galerie des rois. Le décor végétal sur les arcs et les têtes de grotesques, la bouche ouverte, au-dessus des tailloirs sont des inventions de Viollet-le-Duc, qui a restauré une partie de la façade au XIXe.
Le portail du Jugement Dernier dit aussi portail du "Beau Dieu" (du nom du trumeau du portail central)
Les pierres utilisées pour la construction de la cathédrale proviennent surtout des grandes carrières de Picquigny (à une dizaine de kilomètres en aval d'Amiens), qui appartenaient aux chanoines de cette paroisse. Les pierres étaient acheminées par bateau, sur la Somme, jusqu'à la ville d'Amiens.
Le maître autel : "Un opéra de Mozart sculpté dans du saindoux", selon Jean Macrez, peu friand du style Baroque. Nous sommes tous d'accord avec lui !
Mémoire des lieux, Jean Macrez assure la visite des stalles avec une savante truculence. Il est une gargouille vivante, comme il dit lui-même. L'homme compte 87 printemps au compteur et assure sa visite quotidienne à 15h30 pétantes depuis plus de 30 ans.
L'histoire de Joseph (fils de Jacob) et de Pharaon, sculptée sur les jouées (panneaux extérieurs qui marquent le passage pour accéder aux autres stalles)... Notez la représentation dont les sculpteurs du XVIe se faisaient du Pharaon.
Jean Macrez, le "spéléologue des stalles", en plein récit. Magnifiquement conservées, ces stalles en bois de chêne ont traversé les siècles en parfait état de conservation. Avant d'être travaillé ce bois a passé 5 ans dans l'eau de mer, 3 ans dans l'eau douce et 50 autres années à sécher. Une école de patience.
Miséricorde représentant l'arche de Noé. La Misericorde permettait aux chanoines de suivre les (longues) messes tout en faisant croire qu'ils étaient debout. C'est un privilège accordé par le pape... Une miséricorde !
Les sculptures dont sont ornées les stalles sont l'équivalent d'une bande dessinée retraçant les grands épisodes de l'Ancien Testament et des Evangiles.
Femme sortant du bain, patinée au fil des siècles par le contact répété des mains de chanoines (petits coquins !)
Du fait du peu de lumière, je n'ai malheureusement pas pu photographier comme je l'aurai voulu, les innombrables détails dont regorgent les stalles.
Les devinettes de notre guide : "Pourquoi les 4 personnages du fond sont-ils plus grands que les autres ?" ... "Et bien parce qu'ils sont montés sur un banc". Pour comprendre, il faut contourner le panneau et aller voir derrière (allez voir).
Les flèches pyramidales qui s'élèvent des stalles maîtresses (stalle du doyen du chapitre et stalle du roi), culminent à 13,50 m et sont faites d'un seul tenant, entièrement sculpté dans la masse. Il reste 110 stalles sur les 120 existantes à l'origine.
Le nef de la cathédrale s'élève à plus de 42 mètres de hauteur. Seule Beauvais la surpasse avec ses 48 mètres de hauteur (mais la nef ne possède qu'une travée puisque le reste s'est écroulé au XVIe)... « C’est le dernier grand vaisseau cosmique en route pour l’ultime croisière de l’éternité", dixit Jean Macrez.
Et voilà. La visite d'un tel lieu en quelques petites heures est évidemment insuffisant. Il nous faudra revenir pour admirer plus attentivement les richesses de cette impressionnante cathédrale. S'agira de moins traîner à table !
Un grand merci à l'auteur pour ce témoignage.
M. Jean Macrez à l'oeuvre !
